Depuis les débuts du groupe, Electric Vocuhila mêle des influences jazz, free jazz & free funk (en référence à Ornette Coleman et son Prime Time Band) et s’inspire de diverses musiques africaines, mais aussi de beaucoup de musiques contemporaines malgaches (apparentées au courant artistique appelé le Tsapiky), zimbabwéennes et congolaises (comme le Sébène et autres musiques issues de la rumba congolaise).
En 2015, le groupe fait la connaissance du guitariste Damily et de ses musiciens, un des plus grands groupes de musique tsapiky. Damily est même à l’origine des débuts de ce courant dans le sud-ouest de Madagascar. Le guitariste habite à présent près d’Angers depuis une quinzaine d’années.
Il a épaulé le groupe dans sa façon d’appréhender et de comprendre cette musique dont ils s’inspiraient jusqu’ici par l’intermédiaire d’enregistrements et de vidéos, et aussi d’en découvrir les enjeux (quand l’état de transe qu’elle provoque sert à communiquer avec les ancêtres et à la guérison des malades) et les contextes dans lesquels elle est jouée (principalement des cérémonies de mariage et d’enterrement qui durent plusieurs jours).
Cette rencontre a donné lieu à plusieurs compositions pour Electric Vocuhila. Si le groupe n’a pas partagé la scène avec Damily, il a déjà été invité à jouer en première partie du célèbre guitariste, tant la musique du jazz band résonne avec les morceaux authentiques tsapiky de l’artiste malgache.

Le voyage vers Madagascar (plus particulièrement à Tuléar) est rapidement devenue une évidence.
Au-delà d’observer et d’étudier les traditions tsapiky, il s’agit de comprendre ce qui peut intégrer leur vocabulaire musical, questionner leur pratique, leur rapport à la danse et à la transe. Le but ultime de cette immersion étant, à terme, de partager la scène avec des musiciens ou danseurs malgaches et créer ensemble un nouveau répertoire tout à fait original, né de cette fusion.

Quand on pense à Madagascar, on pense à ses rythmes mafana, chauds, qui caractérisent le nord du pays. En descendant dans le sud, la chaleur devient étouffante.
À Tuléar, ville portée sur le canal de Mozambique, la musique est comme la météo : bouillante. C’est ainsi que l’on aborde le Tsapiky.

Si on souhaite définir la musique tsapiky, on entend un beat infernal sur des batteries en peau de zébu, des guitares électriques déglinguées, des voix haut perchées qui font vibrer vos tympans, un son saturé et provenant du matériel bricolé. Les musiciens, eux, semblent tricoter sur un groove qui parait monté à l’envers, à une cadence effrénée. En pratique, l’auditoire se laisse porter et côtoie un état de transe.

Dans un pays de musiques entre traditions, évangélisation et variétés, le Tsapiky est l’enfant terrible de la classe : indomptable, colérique autant que jubilatoire, il s’est construit en marge en s’appropriant le répertoire des musiques « traditionnelles » locales pour le faire monter en puissance.
Remède de cheval à la misère ambiante, le Tsapiky est surbooké : qu’on se marie, qu’on achète une nouvelle voiture, qu’on fasse circoncire son fils, qu’on soit déprimé, qu’on enterre les ancêtres ou qu’on les déterre pour faire la fête avec eux, le Tsapiky mène la danse.
Nourri, par ses influences sonores et ses instruments, par des musiques congolaises, kenyanes et mozambicaines, le Tsapiky est associé, depuis les années 1960-1970, aux musiques villageoises du sud de Madagascar. Le résultat, emprunt de saveurs, est à mi-chemin entre traditions locales et audaces modernes. La guitare mène la danse et est souvent supporté par le combo basse-batterie.

Dans ce projet, Electric Vocuhila part à la source d’un courant musical contemporain qui l’inspire fortement depuis plusieurs années. Sur place, à Madagascar, les musiciens souhaitent aller à la rencontre des artistes qui sont nés avec cette manière de créer, mais aussi de célébrer, de guérir, de vivre. Oui, car le Tsapiky s’annonce comme une réelle aventure de vie.

La collaboration avec les musiciens tsapiky ou ceux qui vivent au rythme du Tsapiky est évidente mais l’objectif des musiciens d’Electric Vocuhila n’est pas de se rendre à Madagascar pour venir faire du Tsapiky comme les puristes. Il s’agit de venir dans un premier temps en observateur pour pouvoir concevoir ensuite, à leur manière et en puisant dans leurs propres expériences musicales et artistiques, et trouver les convergences possibles avec les artistes malgaches.
« On ne veut pas imiter les musiciens Tsapiky », indique Maxime Bobo, saxophoniste, et claviériste d’Electric Vocuhila. « On s’intéresse au sens et à la teneur de cette musique, au-delà de son aspect esthétique, afin de questionner et de nourrir notre vision et notre façon de faire de la musique telle que nous les avons développés dans des lieux dédiés à la musique et non – comme le tsapiky – dans un contexte de fêtes et de cérémonies traditionnelles où la musique a une autre fonction (célébration, transe, guérison etc…) ».
Il s’agira de croiser la route des Malgaches de Tuléar, laisser une porte ouverte sur les opportunités de jouer et se nourrir, durant chaque jour du voyage, de toute la tradition Tsapiky.

Les quatre garçons d’Electric Vocuhila ont d’ores et déjà une idée précise de ce qu’ils attendent : ils souhaiteraient emprunter une partie de la tradition tsapiky – et pourquoi pas la danse, incarnée par des danseurs malgaches professionnels – afin de créer un spectacle inédit de nouvelles compositions inspirées de la musique Tsapiky conçues spécialement pendant le voyage, main dans la main avec les artistes choisis pour cette collaboration. Une restitution (mêlant diffusions du spectacle et actions culturelles) aurait lieu en France, et sera envisagée aussi à Madagascar avec les contacts de diffuseurs locaux qui ont été identifiés.

Afin de préparer au mieux ce voyage, qui prendra la forme d’une résidence, Maxime Bobo (saxophoniste et claviériste, membre d’Electric Vocuhila) partira en décembre 2018 découvrir Madagascar et sa tradition Tsapiky en tant qu’ambassadeur du groupe. Il profite d’une tournée de Damily et son groupe à Madagascar pour rencontrer les diffuseurs influents ainsi qu’une série d’artistes de Tsapiky. Parmi les contacts identifiés, l’Institut Français d’Antananarivo et l’Alliance Française de Tuléar, qui semblent être les interlocuteurs privilégiés sur le projet tel que les musiciens d’Electric Vocuhila l’ont conçu.

Projet à venir, horizon fin 2019 – début 2020

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